Au sein de chaque paradigme (biologie, économie, sciences physiques...) la connaissance a progressé de façon enrichissante en utilisant le jeu des ruptures. Les aventuriers de la science qui ont le malheur de suggérer d’autres règles que celles établies ont été impitoyablement mis à l’index, comme Galilée en son temps, ou Benveniste de nos jours, fortement critiqué par la communauté scientifique pour ses publications sur la "mémoire de l’eau".
La rupture sort l’entreprise des sentiers battus et la force à se poser des questions de fond, que la continuité ne fait pas forcément remonter à la surface. Par exemple, les projets visant à réduire et à maîtriser le temps de travail, s’ils sont menés en profondeur, constituent de réels générateurs de rupture. Certaines remises en cause, laissées de côté, surgissent dès lors, que se soit en matière d’organisation, de modes de management (délégation, fixation d’objectifs...), de comportement et de rapport au temps. La rupture agit ainsi sur la façon dont les dirigeants et les salariés de l’entreprise considèrent un problème. Elle contraint à envisager les choses sous un autre angle. Certaines percées décisives, organisationnelles ou technologiques, ne sont possibles qu’à condition de briser la routine.
Ces exemples et arguments montrent qu’on ne peut se contenter de procéder par légers arrangements. Ne tombons pas dans le travers inverse. Nous ne pouvons pas faire vivre aux membres de l’organisation des remises en cause trop fréquentes, sous peine de les déboussoler et de les épuiser. Lorsque nous élargissons une route pour améliorer le trafic, durant les travaux, la circulation est plus perturbée qu’initialement. Il faut donc des panneaux pour annoncer le projet en cours et apaiser partiellement les conducteurs qui se projettent avec dans le futur. Les membres de l’organisation ne peuvent donc accepter les ruptures que s’ils connaissent et partagent les objectifs du projet, ceux-ci étant cohérents vis-à-vis des valeurs de l’entreprise. Pour piloter les ruptures, il est nécessaire de se positionner à un niveau logique supérieur.