Dans les tourbières ne peuvent vivre en permanence que trois espèces de reptiles : la vipère péliade, le lézard vivipare et l’orvet. Leurs caractéristiques biologiques sont particulièrement adaptées aux écosystèmes froids (et même humides). Une caractéristique commune à ces trois espèces est leur ovoviviparité, phénomène plutôt rare chez les reptiles. A l’inverse des autres qui pondent des œufs qu’ils enfouissent plus ou moins dans le sol, se heurtant ainsi à de grosses difficultés dans les milieux froids et humides, ils ont un avantage adaptatif réel : les œufs fécondés sont conservés dans l’utérus maternel, à l’abri, et bénéficient d’une température optimisée par son comportement.
Une autre adaptation à ces milieux froids est la teinte sombre de beaucoup d’individus, ce qui facilite l’élévation de la température corporelle durant les journées claires de l’hiver et du printemps et durant les matins d’été.
Il y a 3 niveaux d’adaptation :
l’adaptation directe : c’est le cas de la migration d’une société d’hommes ou d’oiseaux en fonction des périodes climatiques,
l’adaptation schématique : elle est le fruit d’une compétition entre différentes pratiques (agriculture extensive ou intensive, lavage ou non de ses aliments...),
l’adaptation sélective : c’est la survivance des plus aptes selon Darwin. Une société peut tout simplement cesser d’exister par suite de l’échec de ses schémas à faire face aux événements. C’est aussi le cas de l’apparition de l’ovoviviparité.
Toutes trois nous intéressent mais ne se déroulent ni de la même manière ni sur des échelles de temps identiques.
Il est important aussi de bien prendre conscience du formidable nombre de boucles de rétroactions qui existent dans le monde. Dépendances linéaires et non linéaires entre cause et conséquence et différences de sensibilités aux conditions initiales modifient l’horizon prédictif de notre environnement. Il est parfois difficile d’appréhender le monde économique à plus d’un an avec des équations linéaires. Ce sont des équations non linéaires qui le permettent. Mais si elles abondent dans notre environnement, elles sont encore peu connues de nos experts.
En fait, chaque individu ou organisation a une existence délimitée dans le temps et dans l’espace. Ce contexte environnemental donne les règles du jeu évolutif, il décide de quel individu va perdre (valeur sélective faible) ou gagner (valeur sélective forte). Tout serait simple si le contexte était le même pour tous les individus. Mais il n’en va pas ainsi : l’environnement varie dans l’espace et dans le temps.
Bien souvent, l’environnement d’une biocénose présente des irrégularités temporelles qui ne sont pas des variations cycliques normales : ce sont des perturbations que la biocénose répercute dans son fonctionnement. Les écosystèmes ont une capacité de stabilisation et sont susceptibles de revenir à leur état normal. Mais il se peut qu’un accident important puisse provoquer la disparition de la biocénose ou la faire glisser vers un autre état stationnaire (de la tourbière vers la forêt). Il y a ainsi adaptation schématique de l’écosystème.
L’enjeux est désormais de faire le lien entre les trois grands modèles de conception de nos organisations :
| MODELE | ORGANISATION | CONDUITE | COMMANDEMENT |
| mécanique | pyramidale | programmation | Hiérarchique |
| biologique | réticulaire | pilotage | interactif |
| chaotique | fractale | catalyse | autonome |
C’est dans cette dynamique que s’impliquent les sociétés japonaises qui réduisent leur nombre de niveaux hiérarchiques ou de la société Nouvelle Frontière en France qui augmente ses niveaux de réseaux depuis peu. Faire la nuance de ces trois modèles permet de mettre au point une organisation écosystémique.
Pour que les membres de l’organisation puissent supporter l’adaptativité et ses nécessités organisationnelles, il faut arriver à ce qu’ils soient fortement impliqués au niveau du sens du projet. Les cellules ne doutent jamais de l’utilité du travail qu’elles sont en train de fournir, et tout le monde doit pouvoir avoir accès à la motivation jusqu’alors réservée aux seuls responsables.